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  • Carine

Les inégalités femmes-hommes persistent chez les jeunes diplômé.e.s

Source : www.latribune.fr Ecrit par : Guillaume du Payrat


Selon une étude de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), les inégalités entre femmes et hommes se retrouvent dès l'entrée sur le marché du travail pour les jeunes diplômées et diplômés. Deux ans après la fin de leurs études, les femmes recevaient un salaire annuel inférieur de 4.000 euros à celui des hommes, et décrochaient plus difficilement un CDI ou le statut de cadre.

Le niveau de diplôme n'oblitère pas les inégalités entre femmes et hommes. C'est en substance le constat dressé par une récente étude de l'Apec (Association pour l'emploi des cadres), qui compare la situation de jeunes actives et actifs sur le marché du travail, deux ans après leur obtention d'un diplôme de niveau bac +5 (*). Des résultats qui rappellent utilement que les inégalités de genre ne s'arrêtent pas aux frontières des catégories sociales.


Cette enquête prend un relief particulier à l'approche de la journée des droits des femmes qui se tiendra le 8 mars. Des rassemblements auront lieu dans de nombreuses villes de France à 15h40, l'heure symbolique à partir de laquelle les femmes commencent chaque jour à travailler "gratuitement", lorsque l'on prend en compte l'inégalité de salaire qu'elles subissent (26% de moins que les hommes, toute catégorie confondue). Un appel a d'ailleurs été lancé pour que femmes et hommes s'arrêtent de travailler à cette même heure, pour protester contre cette discrimination.


Des conditions d'emploi bien plus défavorables pour les femmes


Selon l'enquête de l'association, les discriminations qui frappent les jeunes diplômées lors de leur entrée sur le marché du travail sont multiformes. Le taux d'insertion des jeunes diplômées et diplômés (proportion de celles et ceux qui ont occupé un emploi durant les deux années suivant leur diplôme) est certes de 98% pour chaque catégorie, ce qui confirme la tendance à l'égalisation des taux d'activité entre femmes et hommes (**).


Mais les conditions de cet emploi, quant à elles, apparaissent nettement défavorables aux femmes. Seulement 70% d'entre elles ont obtenu un CDI deux ans après leur diplôme, contre 83% des hommes. A l'inverse, un quart d'entre elles occupent un CDD (14% des hommes), et 3% sont en intérim (2% des hommes). Les jeunes diplômées subissent également une inégalité de statut : elles sont largement moins nombreuses à accéder au statut de cadre (60% contre 81% des hommes), malgré une augmentation de 5 points par rapport à 2012. Ces différentes inégalités se répercutent enfin sur le salaire, inférieur de près de 4.000 euros par an pour les femmes selon l'Apec. Tandis que le salaire annuel brut médian déclaré par les hommes s'élevait à 33.500 euros, celui des femmes atteignait seulement 29.600 euros.

Ces inégalités résultent en partie d'un effet de secteur. Les femmes sont proportionnellement moins nombreuses à travailler dans le privé (85% contre 92% des hommes), dans une grande entreprise (55% contre 62%), et dans l'industrie (23% contre 26%). Or, le secteur privé, l'industrie et les grandes entreprises ont plus tendance à accorder des contrats en CDI et un statut cadre. Les femmes sont au contraire surreprésentées dans certains domaines, comme les ressources humaines (12% contre 3% des hommes), la communication (9% contre 3%) et le secteur santé/social (6% contre 1%).


Des inégalités qui persistent à compétence égale


L'originalité de cette étude réside sans doute dans la façon dont elle aborde les causes des inégalités qu'elle révèle, et particulièrement la question de la formation. Les auteurs observent tout d'abord qu'une partie des inégalités entre femmes et hommes dérive du type de formation suivie. Les filles s'orientent majoritairement vers des études de droit-économie-gestion (55%), sciences humaines (7%) et lettres, langues et arts (8%), alors que 52% des garçons s'orientent vers les sciences technologiques (contre 23% de filles). Ces différences produisent des inégalités indirectes dans l'emploi, vu que les formations principalement choisies par les garçons sont également celles qui assurent le plus un emploi stable et rémunérateur.


Mais l'étude de l'Apec révèle que les inégalités entre femmes et hommes ne sont pas seulement la conséquence indirecte de cet effet de structure. Même après avoir suivi les mêmes formations, dans le même type d'établissement (université ou grande école), les femmes subissent un traitement défavorable par rapport aux hommes. Elles sont systématiquement moins nombreuses à avoir décroché un CDI, par exemple à seulement 65% pour les diplômées d'une université de sciences technologiques (contre 83% pour les garçons). Elles ont également moins de chances d'obtenir le statut de cadre (56% des diplômées d'école de commerce contre 68% pour les garçons), et perçoivent un salaire entre 2.200 et 3.500 euros inférieur à celui des hommes qui sortent des mêmes formations. A compétences égales, les femmes récemment diplômées recevaient ainsi un salaire inférieur de 6 à 10% à celui des hommes, comparable à la tendance toutes catégories confondues (9% selon le gouvernement).


Par cette méthode, l'étude de l'Apec remet ainsi en cause l'hypothèse selon laquelle les inégalités au travail entre femmes et hommes seraient seulement la conséquence de choix de formation différents, qui sont d'ailleurs également le reflet de déterminations sociales. Des discriminations directes sont toujours à l'oeuvre, par lesquelles, à compétences et formation égales, une femme est encore moins bien traitée qu'un homme dans le monde du travail.


Un index lancé pour combattre les inégalités en entreprise


Le premier mars a également marqué l'entrée en vigueur de l'obligation faite aux grandes entreprises de publier un index de l'égalité femmes-hommes, qui dévoilerait chaque année un certain nombre d'informations (écarts de salaire, part des femmes dans les postes à responsabilité). Elle s'appliquera par la suite aux entreprises de taille plus réduite.

A partir de cet indicateur, les entreprises obtiendront un certain score selon leurs pratiques (20 points si les femmes et les hommes ont les mêmes chances d'augmentation, 40 points en cas de salaire égal à âge et compétence égaux). Si celui-ci se révèle inférieur à 75 points sur 100, elles auront alors trois ans pour l'améliorer, sous peine de s'exposer à une amende pouvant aller jusqu'à 1% de leur masse salariale.


*Enquête menée en 2017 et 2018 auprès de 10.000 répondants, dont 52% de femmes, deux ans après leur obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur (en 2015 ou 2016).

** Le taux d'activité des hommes en 2017 était de 93% selon l'Insee, contre 83% pour les femmes.